Hervé
TÉLÉMAQUE
Peintre
français d’origine haïtienne, Hervé Télémaque
s’installe à Paris en 1961 après des études
à l’Art Students’League de New-York (1957-1960).
Influencé par Gorky et De Kooning, il participe de l’intérieur,
à l’invention du Pop Art dans des peintures encore
très informelles, gorgées de couleurs jubilatoires
et de signes ou signaux non décryptés.
Son intérêt pour le surréalisme, l’attirance
pour son propre univers souterrain où l’image règne
sans partage, devaient lui rendre nécessaire le retour et
le recours à la représentation.
Ainsi, dès 1962-1963, Hervé Télémaque
opte résolument pour l’image figurative et exploite
les ressources du collage tout en continuant d’expérimenter
les matériaux et techniques de la peinture.
A partir des années 80, l’image se complexifie et les
formes évoluent vers la non-figuration géométrique.
Ces géométries, se superposant à des objets
parfaitement lisibles, brouillent le tableau pour en faire un rébus.
Ses œuvres sont constituées d’images isolées,
sans liens apparents entre elles, dont le décryptage global
ne concerne que lui et, parfaitement autobiographiques, représentent
des détails de son quotidien ou des épisodes issus
de sa mémoire et invitent le spectateur à effectuer
son propre parcours mental.
L’œuvre graphique
Si la production graphique de Télémaque est à
considérer avec autant de sérieux que sa peinture,
c’est d’abord parce qu’elle n’est pas –
contrairement au statut que lui accordent de nombreux artistes contemporains
– un ensemble de simples reproductions. Ses estampes constituent
des œuvres à part entière : loin de reprendre
tout ou partie d’une toile antérieure, elles supposent
une composition spécifique.
C’est en ce sens qu’elles sont bien « originales
», même si leur tirage s’effectue avec l’aide
de techniciens qualifiés, auxquels Télémaque
ne se prive pas de rendre volontiers hommage : il doit sa connaissance
des possibilités de la sérigraphie à Arcay
et à l’expérimentateur forcené qu’est,
en son atelier strasbourgeois, Antoine Graff.
L’autonomie des projets graphiques ne pouvait pas être
sans conséquences sur les autres démarches du peintre.
Ainsi, entre l’œuvre graphique et la production picturale
(où abondent par périodes les collages) s’établit
un va-et-vient, une dialectique au terme de laquelle la surface
acrylique se trouve complexifiée à l’exemple
des couleurs superposées dans les estampes, tandis que le
dessin tient de part et d’autre un rôle de plus en plus
important.
Pour Hervé Télémaque, ce qu’apporte aujourd’hui
le travail graphique c’est le plaisir de la modulation, le
jeu ouvert entre le modèle (la maquette) et la copie (le
tirage). D’où son goût pour les différents
papiers, mais aussi pour des interventions, par le collage et la
couleur, sur les exemplaires d’un tirage qui, à partir
d’un fond constant, génère des travaux uniques
appartenant à un même ensemble.
La sérigraphie proposée aux Amis du Musée d’Art
Moderne et Contemporain de Strasbourg est une suite à partir
des reliefs de Jean Arp, figure emblématique de l’art
moderne à Strasbourg. |